A découvrir le 13 septembre.
Depuis près de dix ans, les églises Sainte-Croix et Saint-Georges ont fait l’objet d’une lourde
restauration. A l’abandon ou presque depuis les années 60-70, elles ont subi tous les outrages
du temps. Il aura fallu encore dix-sept années entre leur classement aux Monuments historiques
en 1984 et le début de la grande restauration entreprise via une commande publique en 2001.
Le 13 septembre, elles prendront officiellement leur nouvelle fonction, celle d’un centre d’art
contemporain.
Ces églises font partie des rares vestiges visibles de l’abbaye royale créée par Clotilde au
VI e siècle. Elles sont les témoins de près de 1500 ans d’histoire locale.
Si les premières traces d’occupation du sol chellois remontent à la pré-histoire, le développement et la
notoriété de la commune sont bien liés à Clovis et Clotilde, qui au début VIe siècle, y installent une villa royale.
C’est à la mort de Clovis que Clotilde
décide de s’installer à Chelles.
Elle y fonde un couvent et
fait édifier l’église Saint-Georges.
La ville connaît un fort rayonnement et les
souverains mérovingiens y effectuent de
nombreux séjours. Centre de décisions du
pouvoir royal, cité qui abrite archives et
trésors royaux, Chelles avait alors toutes
les fonctions dévolues à une capitale, elle
est d’ailleurs à l’époque farouchement protégée.
Un siècle plus tard, c’est la reine Bathilde,
veuve de Clovis II, qui rejoint Chelles après
avoir exercé une courte régence. Le modeste
couvent de Clotilde va alors devenir une
vraie abbaye. Bertille sera la première
abbesse.
Au VIIIe siècle, une nouvelle abbaye se
développe grâce à l’abbesse Gisèle, soeur
de Charlemagne. Les nouveaux bâtiments
seront édifiés plus à l’Est, à l’emplacement
de l’hôtel de ville d’aujourd’hui. L’ancien
couvent est alors confié aux moines.
Au XIIe siècle, l’église Saint-Georges, de
style roman, est constituée d’une nef et de
collatéraux. En 1254, une réfection est entreprise, seule la nef sera conservée et
un choeur gothique sera réalisé. L’arc, entre
le choeur et la nef est bouché. Au XVIe
siècle, deux églises bien distinctes coexistent
: Sainte-Croix pour les religieux
et Saint-Georges pour les paroissiens.
Des bâtiments à vocations
multiples
En 1794, après la Révolution, l’abbaye
royale est divisée en parcelles, celles-ci
vont être revendues au titre des biens
nationaux. C’est ainsi que se scelle le
destin des églises qui deviendront tout à
tour : auberge, greniers, granges, lieux
d’habitation, commerces … et ce jusque
dans les années 60.
En 1970, en pleine crise du logement, alors
que la Ville entreprend de rénover le quartier
Gambetta, les églises, elles, ne font pas
partie du projet.
Elles se dégradent lentement, seules les
associations attachées au patrimoine local
s’investissent pour tenter de sauver les édifices
et posent des étais pour soutenir les
murs.
En 1974, Sainte-Croix et Saint-Georges
sont inscrites à l’inventaire des Monuments historiques et y seront classées dix ans plus
tard. Il leur faudra encore attendre dix-sept
ans avant qu’une municipalité se penche
vraiment sur leur sort. En 1999, la
municipalité engage les premiers travaux et
en 2001 l’Etat la suit via une procédure
de commande publique.
Et là, c’est une autre histoire qui
commence …
Les dates clés
Début VIe siècle : Clovis, roi des Francs
Saliens et la reine Clotilde séjourne à
Chelles dans une villa royale. Une fois
veuve, Clotilde se retire à Chelles, elle y
fonde un couvent et l’église Saint-
Georges.
Milieu du VIIe siècle (661-662) : c’est
Bathilde, la veuve de Clovis II qui fonde au
même endroit un monastère féminin dédié
à la Sainte-Croix.
VIIIe siècle : Gisèle, soeur de Charlemagne
entreprend de construire une seconde
abbaye plus à l’Est (sur l’emplacement
actuel de la mairie), l’ancien couvent est
confié aux moines.
1254 : une rénovation conduit à la
création de deux églises. Sainte-Croix est
alors réservée aux religieux et Saint-
Georges aux paroissiens.
1796 : l’abbaye est divisée en plusieurs
parcelles et vendue au titre des biens
nationaux, les églises en font partie.
De 1801 au début du XXe siècle, les églises
sont transformées en fonction de
l’activité qu’elles accueillent : auberge,
granges, greniers, habitations,
commerces.
1970 : la démolition du "Vieux Chelles" et
la construction du nouveau quartier
Gambetta transforme totalement
l’environnement urbain des églises qui à
partir de ce moment n’abritent plus
aucune activité.
1974 : Sainte-Croix et Saint-Georges sont
inscrites à l’inventaire des Monuments
historiques.
1984 : les églises sont classées Monuments
historiques.
1999 : début des premiers travaux de
restauration.
2001 : lancement de la procédure de
commande publique. Martin Szekely,
designer et Marc Barani, architecte,
seront chargés de l’aménagement
intérieur et des abords des églises qui
seront dédiées à l’art contemporain.
La légende de Saint-Georges
Saint-Georges est un martyr chrétien ayant vécu au IVe siècle. Selon la légende, ce chevalier
aurait sauvé la ville de Beyrouth en la délivrant d’un dragon qui exigeait la vie de deux jeunes
habitants tous les jours. En triomphant du dragon, avec l’aide du Christ, Saint-Georges aurait
sauvé la fille du roi. Quant à l’animal seulement blessé pendant la bataille, il se serait
attaché à Georges et l’aurait suivi comme un chien fidèle.
Après la publication d’édits contre les Chrétiens de Dioclétien, Georges est emprisonné. Il
sera supplicié mais ne reniera pas sa foi, il sera finalement décapité. Sa légende se répandra
à travers le monde grâce aux Croisades.
En 1999, la Ville se lance dans la rénovation des églises Sainte-Croix et Saint-Georges. Déjà se dessine un
projet lié à l’art contemporain. En 2001, l’Etat, séduit par le concept, l’inscrit au titre de la commande
publique. Ainsi, le site, destiné à accueillir des oeuvres d’art, en sera une également à sa façon.
En effet, la procédure de
commande publique associe
l’Etat et ses différents partenaires
– collectivités territoriales,
établissements publics ou privés
– en ayant pour objectif le
développement du patrimoine national.
De nouvelles oeuvres d’art voient ainsi le
jour régulièrement. Dans le cadre du projet
des églises, la réalisation de cette commande
publique a été confiée à Martin
Szekely, designer et Marc Barani, architecte.
Intervenir sur le site mais simplement,
tel sera la ligne de conduite des hommes
tout au long du chantier. La simplicité voire
la discrétion vont régner. Des lignes pures,
la transparence, des matériaux simples
le verre, la chaux, la pierre … Les concepteurs
ont gardé à l’esprit qu’ils allaient
travailler sur un ancien lieu de culte et
à la mise en valeur d’oeuvres artistiques.
Il leur fallait donc respecter le site et lui
permettre de sublimer ce qu’il allait
accueillir.
Les temps forts
1999 : la Ville, forte d’un vrai projet qui
consiste à créer une salle d’exposition
dédiée à l’art contemporain, engage les
premiers travaux de réhabilitation des
églises Sainte-Croix et Saint-Georges.
2001 : la qualité du projet est reconnue et
s’inscrit dans une procédure de commande
publique. Martin Szekely, designer et Marc
Barani, architecte sont désignés pour
travailler ensemble sur le futur centre
d’art contemporain.
2005 : alors que les travaux ne sont pas
encore achevés, les premiers artistes
invités exposent à Chelles. La préfiguration
du centre est lancée. Nathalie
Brevet et Hughes Rochette en 2005,
Véronique Ellena en 2006, Nicolas Floc’h
en 2007 et 2008, Cyprien Gaillard en 2008
ont fait vivre l’art contemporain dans la
ville trois ans avant l’ouverture du centre.
13 septembre 2008 : la commande
publique sera inaugurée et le centre
accueillera officiellement de nouveaux
artistes, Angela Detanico et Rafael Lain le
27 septembre.
L’intervention
Ethique et esthétique, c’est ainsi que l’on
pourrait qualifié l’intervention pratiquée
sur les églises. Respect du lieu, de son passé
comme de son devenir.
A l’extérieur tout d’abord, la volonté était
de faire faire au visiteur un parcours
initiatique permettant la découverte des
volumes des édifices. Le traitement du
parvis est en lien avec l’existant et avec
le projet urbain de la Ville qui construira
à proximité des églises un gymnase
nouvelle génération. C’est donc un
traitement minéral sur de grandes plaques
de béton qui a été retenu.
A l’intérieur, afin de respecter les oeuvres
qui vont être exposées et de "neutraliser"
le site, les vitraux totalement transparents
concourent à cet effet (voir encadré).
Ces vitraux peuvent par ailleurs être
occultés totalement ou en partie.
Par ailleurs, les salles sont équipées
d’éclairage artificiel et de production de
son. L’espace, volontairement laissé vide,
est entièrement à la disposition des
artistes et du public qui investiront
le lieu.
"Les églises s’éclairent
d’elles-mêmes de
l’intérieur. Vue de
l’extérieur, c’est un
appel à venir."
Martin Szekely
Vitraux ou verrières
Finalement, les vitraux du passé seront
remplacés par des verrières. Place à la
transparence, ainsi en ont décidé Martin
Szekeky et Marc Barani. Leur imagination
prendra forme grâce à des artisans
verriers chevronnés et spécialisés dans le
design et l’architecture.
C’est un verre extra blanc trempé,
résistant aux intempéries, qui a été utilisé
accompagné d’inox et de mortier à la
chaux pour la fixation. Les emplacements
des vitraux, tous différents et irréguliers
ont nécessité un travail de précision sur
mesure. Pour les ouvertures les plus
grandes, plusieurs plaques de verre ont
été posées raccordées entre elles par des
pattes sur trèfles métalliques.
Le vitrage dans les ouvertures est fixé par
une "serrurerie fine", des feuillures en
inox encastré dans la pierre.
"Il fallait arriver à faire
juste ce qu’il faut pour
que le lieu existe et que
les artistes puissent y
intervenir, sans que la
question de l’église ou
du sacré se pose
vraiment."
Marc Barani
Sorties de leur léthargie, les églises, centre d’art contemporain vont revivre avec leur temps voire-même prendre
quelques longueurs d’avance …
Si l’art contemporain n’a pas la réputation
d’être accessible à tous, c’est le
pari contraire qu’a pris la municipalité.
En réhabilitant les églises, situées
en plein centre-ville et en les dédiant
à cet art dit élitiste, elle offre la possibilité à
tous d’aller à sa découverte en les accompagnant
grâce à des dispositifs spécifiques à
chaque public.
Pour les scolaires, l’expérience se vit en quatre
temps : à chaque exposition, les enseignants
sont invités à une pré-visite, les enfants eux parcourront
les lieux pour le découvrir, ils seront
accompagnés et le dialogue avec leur guide
sera permanent et afin de mieux comprendre
ce qu’ils ont vu et perçu, un atelier de pratiques
artistiques leur sera proposé.Toutes les visites
étant bien entendu adaptées à l’âge des élèves.
Ouvert à tous
En libre accès ou en visite accompagnée, le
centre d’art contemporain sera ouvert du vendredi
au dimanche de 14 h à 18 h. Et si les Chellois
les plus curieux ont déjà fait un pas vers
les églises, pour les autres, c’est l’art contemporain
qui est allé vers eux. En effet, depuis
2005, le centre d’art est entré en phase de préfiguration
et a déjà accueilli six artistes et pour
deux d’entre eux, leurs oeuvres sont toujours
visibles et même audibles. Il s’agit de Nicolas
Floc’h dont l’oeuvre, "Plateforme" est installée
dans le parc depuis plusieurs mois, et de
Cyprien Gaillard dont le film "Real remnants
of fictive war I" (Vestiges réels de guerres fictives)
est toujours projeté dans les églises et qui
clôture la saison 0.
Le 27 septembre, la saison 2008-2009 démarrera
officiellement avec Angelica Detanico et
Rafaël Lain qui présenteront "Mean Sun" (voir
encadré). Pour cette première année, les Eglises, centre d’art contemporain, proposeront d’aller
à la rencontre de jeunes artistes qui évoluent
dans des univers différents. Raphaël Grisey,
Raphaël Zarka, Cyprien Gaillard et Marie Legros
se partageront le temps et l’espace de décembre
2008 à juillet 2009.
Du 28 septembre au 14
novembre : Mean Sun
Ils ouvrent la première saison
d’expositions du centre d’art
contemporain, Angela Detanico et Rafaël
Lain présenteront Mean Sun. Ces artistes
brésiliens travaillent ensemble depuis
plus dix ans. Tous deux graphistes de
formation, ils aiment jouer avec le
langage, l’écrit, les mots et les codes
qu’ils détournent pour en faire une image
délivrant un nouveau message…
Pour Chelles, Angela Detanico et Rafaël
Lain vont entraîner le visiteur dans un
autre de leur univers : le temps et ses
représentations spaciales. Mean Sun qui
associe installation et animation
numérique projetée, fait référence au
concept astronomique de soleil moyen,
un astre virtuel qui se déplace toujours à
la même vitesse sur l’équateur et qui
permet de définir une mesure du temps
invariable. Etonnant non ?
Les premiers rendez-vous
du centre d’art
Samedi 13 septembre de 10 h à 11 h 30 :
salle du conseil municipal, rencontre
publique autour de différents projets de
commandes publiques associant des sites
valorisés et leurs missions d’accueil de
productions artistiques contemporaines,
en présence de Martin Szekely pour
l’aménagement des églises de Chelles et
de Ronon et Erwan Bouroullec pour la
Maison flottante du CNEAI de Chatou.
Samedi 13 septembre 11 h 30 :
inauguration officielle de la commande
publique.
Samedi 13 septembre de 14 h à 18 h :
accueil sur le site, médiation adultes et
ateliers enfants.
Dimanche 14 septembre de 14 h à 18 h :
accueil sur le site, médiation adultes et
ateliers enfants.
Lundi 15 et mardi 16 septembre de 14 h à
18 h : accueil sur le site, médiation
adultes.
Mardi 16 septembre à 20 h 30 : projection
du documentaire de Jean-Paul Fargier,
"Qui commande quoi" au cinéma Cosmos.
Entrée libre.
Mercredi 17 et jeudi 18 de 14 h à 18 h :
accueil sur le site, médiation adultes.
Vendredi 19 septembre de 14 h à 18 h :
accueil sur le site, médiation adultes et à
partir de 17 h et jusqu’à 18 h : rencontre
avec l’équipe du centre d’art
contemporain, de 18 h à 20 , nocturne de
la médiation adultes et conférence sur
l’histoire de cette commande publique
par Eric Degoutte.
Samedi 20 septembre de 10 h 30 à 17 h,
dans le cadre des journées du patrimoine :
ateliers d’animation pour les enfants.
Dimanche 21 septembre dans le cadre des
journées du patrimoine de 10 h 30 à 15 h
30, atelier enfants. A 16 h, conférence
tout public par Christian Charamond et
Eric Degoutte.
Lundi 22, mardi 23 et mercredi 24
septembre de 14 h 18 h : accueil sur le
site et médiation adultes.
Samedi 27 septembre à 11 h 30 :
inauguration du centre d’art par la Ville
et vernissage de l’exposition d’Angela
Detanico et Rafaël Lain.
Renseignements pratiques
et contacts
Les églises, centre d’art
contemporain Rue Eterlet
Horaires d’ouverture au public : du
vendredi au dimanche de 14 h à
18 h.
Entrée libre et accessible aux
personnes à mobilité réduite.
Accompagnement des publics :
Pour les scolaires, contact :
Aurélia Vespérini
a.vesperini@chelles.fr
Pour les visites de groupes,
contact : Pedro Alves
p.alves@chelles.fr